Développons des solutions numériques à moindre impact

Le numérique contribue au dérèglement climatique, à l’aliénation sociale, à l’invisibilisation des minorités, à l’exploitation humaine. Malgré l’adage, ce secteur d’activité est loin d’être dématérialisé et ses impacts croissent exponentiellement : émission de gaz à effet de serre, inaccessibilité numérique, dégradation de la santé mentale, invisibilisation des minorités, exploitation humaine, etc. Le déploiement à marche forcée des IA génératives dans tous les pans de la société amplifie le stress hydrique, les tensions électriques, la prolétarisation cognitive, la taylorisation du travail et la destruction de nombres d’emplois. À L’aube de mes 20 ans d’expérience dans l’informatique, force est de constater que la numérisation de nos sociétés et le technosolutionnisme présentent plus d’aspects négatifs que positifs. Ni l’un ni l’autre ne permettent — et ne permettrons — de répondre aux enjeux environnementaux et de droits humains. Questionner les besoins est alors un prérequis essentiel à la prise de décision liée à la numérisation d’un service. Lorsque la réponse est numérique, il faut alors faire de son mieux pour imaginer une solution désirresponsable — au sens de la réduction de l’irresponsabilité de ce choix — en s’appuyant sur des pratiques telles que l’écoconception et l’accessibilité pour développer des services sobres, frugaux, inclusifs et souverains. À l’heure où l’industrialisation du secteur bat son plein avec la bulle des IA générative, défendre cette approche alternative du numérique — AKA alternumérisme — permet alors d’infuser de l’humanité dans les outils développés. Mais la (re)construction d’un tel numérique ne saurait être acceptable sans faire de celui-ci un bien commun. Aussi, la création de solutions libres, open source, voire FALC (facile à lire et à comprendre) doit s’ancrer dans la pratique métier autant que la libération des connaissances sur les outils et les matériels. Et, puisque l’informatique ne devrait pas être une affaire de spécialiste, l’acculturation de profanes et de néophytes semble incontournable à la démocratisation de ce numérique artisanal.